J’ai connu M’hamed LARADJI par la télévision au cours de la fin de l’été 1976, alors qu’étudiant je suivais les actualités d’un été torride qui montraient le Camp de Saint-Maurice-L’ardoise assiégé par les CRS parce que occupé par des enfants de Harkis qui entendaient protester contre le sort de leurs parents et du leur par la même occasion.
Le commandant du camp avait été pris en otage à la Mairie de Saint-Laurent des Arbres dont dépendait le dit camp.
M’Hamed LARADJI en avait été le détonateur, après les grèves de la faim d’Evreux et de l’église de la Madeleine à Paris et avant la prise en otage d’ouvriers algériens, à proximité de Saint-Laurent-des-Arbre, en réponse à la détention en Algérie des enfants et de l’épouse d’un Harki en séjour touristique dans ce pays.
Je me rapelle avoir admiré cet homme qui d’un seul coup a sorti les Harkis et leurs familles de l’oubli dans lequel ils étaient immergés depuis 16 ans. C’était aussi la première fois que les médias nationaux, presse écrite, parlée et télévisuelle, évoquaient les Harkis,leur histoire et leur parcours.
A l’époque, c’était aussi l’émergence des premières associations de Français Musulmans Rapatriés d’Algérie dont celle créée par LARADJI : La CFMRAA (Confédération des Français Musulmans Rapatriés d’Algérie et leurs Amis).
Le monde associatif m’était alors totalement inconnu voir étranger. Je me rappelai m’être posé la question, devant les reportages retransmis par la télévision en pleine canicule, de savoir comment je pouvais contribuer à mon niveau à sortir l’histoire de nos parents de l’oubli et surtout les aider à obtenir leurs droits à une juste indemnisation, à une pleine reconnaissance de leur citoyenneté et à la libre circulation avec leur pays d’origine entre autres. Revendications d’ailleurs reprises, avec des termes différents, par toutes les associations importantes.
Et voilà que tout d’un coup cet espoir était incarné par un homme sorti du néant et dont la photo faisait la une des journaux et de la télévision. Un homme dans lequel se reconnaissaient avec fierté tous les Harkis. Cet Homme était M’hamed LARADJI.
Peu de temps après, toujours soucieux de trouver une solution au problème de la libre circulation, M’hamed pour obliger le Gouvernement français à se saisir de cette question, avec l’aide d’un commando de Harkis, tente d’occuper le Consulat d’Algérie à Perpignan. Malheureusement pour lui figurait, parmi les membres du commando, un mouchard qui, depuis leur départ d’Amiens jusqu’à leur arrivée à Perpignan, renseignait la police. Dès leur entrée à Perpignan ils furent tous arrêtés. L’informateur, un certain G. K., a vite été déménagé d’Amiens pour être installé dans les Yvelines où, il préside, aujourd’hui, une association d’anciens Harkis !
Pour protester contre leur arrestation, des manifestations furent organisées partout en France et c’est comme ça que je me suis retrouvé à militer dans une association. Peu de temps après j’ai rencontré M’hamed LARADJI et j’ai fait un bout de chemin à ses côtés. J’ai aussi découvert les associations de Harkis et leur rapport à l’autorité, les présidents à vie, le clientèlisme, les manipulations de l’administration, l’espoir suscité par ces organisations naissantes chez les Harkis et leurs familles,...
M’hamed LARADJI était profondement animé par le souci d’aider les Harkis en faisant aboutir leurs revendications, mais la rivalité entre les associations et les manipulations des autorités ont entravé et neutralisé son action. Il accordait facilement sa confiance ce qui manifestement lui a desservi.
Il est décédé dans le milieu des années 1990 et enterré à Evreux. A ses obsèques aucun des présidents d’association de sa génération ou des suivants n’était là pour lui rendre hommage, ni les autorités d’ailleurs. Seule une centaine de Harkis, parfois venu de très loin, était là pour l’accompagner à sa dernière demeure.
On se souviendra de lui comme l’homme qui a mis le problème Harki sur la place publique, comme l’homme qui a osé dire lors de l’émission des dossiers de l’écran que si c’était à refaire son choix aurait été autre ! Avec le recul, nous pouvons certainement comprendre ce qu’il a voulu dire par là.
M’hamed, sache que tu as fait ce que tu as pu et qu’aujourd"hui peu de présidents d’association peuvent dire qu’ils ont fait ce que tu as fait.
Mohamed Haddouche